SOUMISSION
AU COMITÉ SÉNATORIAL DES AFFAIRES SOCIALES,
DES SCIENCES ET DE LA TECHNOLOGIE

Soumis par le Partenariat en faveur des sciences et de
la technologie
janvier 2008
RÉSUMÉ
Le Partenariat en faveur des sciences et de la technologie
(PFST) appuie l’orientation et les principes d’ensemble
de la stratégie fédérale Réaliser
le potentiel des sciences et de la technologie au profit du
Canada. Il considère que cette stratégie constitue
un solide énoncé de politique et approuve l’incitation
à un meilleur équilibre entre les secteurs dont
les activités portent sur la recherche et le développement.
Le PFST félicite également le gouvernement pour
ses mesures visant à appuyer et à améliorer
l’infrastructure scientifique et technologique canadienne
au moyen des programmes de la Fondation canadienne pour l’innovation,
du Programme des coûts indirects de la recherche ainsi
que d’autres mesures.
Les éléments suivants pourraient être
pris en compte pour la mise en œuvre de la stratégie
:
• Mesures visant à améliorer la communication
au sein des secteurs dont les activités portent sur
la recherche et le développement;
• Conséquences du transfert de la gestion des
laboratoires fédéraux à vocation non
réglementaire aux universités ou à l’industrie.
Ce transfert pourrait être accompagné d’une
augmentation du financement de la recherche universitaire;
• Amélioration de la gestion et de l’archivage
des données;
• Augmentation du financement de la recherche universitaire
fondamentale et des coûts indirects liés à
la recherche, des travaux dans les zones éloignées,
notamment dans l’Arctique, et de la fonction essentielle
de service public des laboratoires fédéraux;
• Accroissement du financement des partenariats et des
programmes de recherche internationaux; création possible
d’un fonds de soutien au leadership du Canada et à
sa participation aux initiatives scientifiques internationales.
Introduction
Le Partenariat en faveur des sciences et de la technologie
(PFST) est une association de plus de 25 organismes professionnels
et scientifiques regroupant 50 000 membres des secteurs universitaire,
industriel et gouvernemental. Il représente la communauté
canadienne des sciences et de la technologie auprès
du gouvernement et travaille à faire progresser la
recherche et l’innovation au profit des Canadiens. Le
PFST n’est pas un groupe de pression, mais un partenariat
qui se penche sur les grands enjeux de la politique nationale
en matière de sciences et de technologie.
Appui à la recherche fondamentale
La stratégie sur les S et T (sciences et technologie)
cherche à accroître l’« avantage
entrepreneurial » du Canada en favorisant l’émergence
d’un environnement qui encourage le secteur privé
à investir, et la traduction des connaissances en applications
commerciales. Le PFST est toutefois d’avis que l’objectif
ne doit pas occulter la nécessité de faire de
la recherche fondamentale, qui repose principalement sur les
chercheurs universitaires. La recherche fondamentale vise
à faire progresser les connaissances et à augmenter
le niveau de compréhension. Les applications pratiques
des résultats peuvent ne pas être connues ou
revêtir une nature purement spéculative. Cependant,
la recherche appliquée repose sur une solide base de
connaissances fondamentales et ne peut s’épanouir
que quand elle est étayée par des recherches
fondamentales motivées par la curiosité. La
recherche fondamentale produit des résultats qui nourrissent
l’esprit d’entreprise. En effet, les nouvelles
idées et données ainsi que des ressources humaines
qualifiées permettent de faire progresser la technologie
et d’augmenter la compétitivité. Une stratégie
ayant pour objectif d’appuyer la recherche industrielle
doit être accompagnée de mesures visant à
renforcer le fondement scientifique des innovations et des
nouvelles technologies.
Une approche équilibrée entre les secteurs
Au Canada, la recherche vise des buts différents selon
chaque secteur : la recherche dans le secteur public porte
sur les normes et les règlements, les services publics,
l’élaboration de politiques et la gestion de
bases de données nationales; la recherche universitaire
vise à acquérir des connaissances, à
éduquer et à former, et à produire de
l’information pour établir des normes et élaborer
des politiques; le but de la recherche industrielle consiste
à créer des produits et des techniques, à
rationaliser les processus, à s’adapter aux conditions
changeantes ou attendues, à faire progresser les échanges
commerciaux et à augmenter les parts de marché.
La stratégie sur les sciences et la technologie doit
favoriser la communication au sein de ces secteurs pour atteindre
ses objectifs en matière de synergie et d’équilibre
et pour s’assurer de répondre aux besoins de
recherche interreliée du Canada. Citons parmi les moyens
possibles pour atteindre ces objectifs : des mesures pour
promouvoir la protection de la propriété intellectuelle,
comme des brevets ou des concessions de licence, le renforcement
du soutien logistique pour la recherche dans les zones éloignées
comme l’Arctique, l’amélioration de la
gestion des données (archivage et accès), et
une attention plus soutenue aux partenariats et aux programmes
de recherche internationaux.
Participation du secteur public à la R-D
Il ne faut pas sous-estimer l’importance pour le gouvernement
fédéral de maintenir une capacité de
recherche autonome. La recherche dans le secteur public a
la particularité de viser le fonctionnement, la gestion
du risque, la sécurité publique, l’établissement
de normes, pour le long terme et le bien collectif. Le travail
de recherche peut nécessiter une infrastructure et
de l’équipement coûteux que les universités
ou l’industrie ne possèdent pas, ainsi que des
dispositions d’archivage de données dont le gouvernement
est plus apte à assurer la prestation. De nombreuses
entreprises privées dépendent de ressources
fédérales et universitaires de qualité.
Le PFST insiste sur l’attention particulière
à porter aux besoins du secteur public et sur l’importance
de s’assurer que l’appui à ce secteur est
intégré dans la stratégie.
Participation du secteur privé à la R-D
La création d’une capacité de recherche
dans l’industrie canadienne et dans les composantes
canadiennes des multinationales est un défi à
long terme. Elle sous-entend un soutien à la recherche
fondamentale qui, à son tour, permet à la recherche
thématique de progresser. Le Canada a des forces importantes
dans divers secteurs de la recherche industrielle. Cependant,
la plupart des entreprises dépendent de la recherche
menée dans les universités canadiennes, les
ministères fédéraux ou les laboratoires
industriels à l’étranger. Par conséquent,
de nombreuses entreprises n’ont ni la culture ni la
structure nécessaires pour se pourvoir d’installations
de recherche de pointe et de personnel qualifié, et
elles ont besoin de mesures incitatives pour le faire. Pour
amener des entreprises étrangères à investir
en recherche au Canada, une infrastructure scientifique et
technologique exceptionnelle est un facteur important. Les
incitatifs fiscaux permettent de s’assurer que les laboratoires
sont bien équipés, bien entretenus et dotés
du personnel de soutien technique voulu. Le secteur privé
jouit déjà d’un certain nombre d’avantages
fiscaux, qui n’ont pas toujours réussi à
stimuler la R-D dans l’industrie. On peut même
dire que certaines mesures fédérales de réglementation
visant à favoriser un marché concurrentiel ont
été tout à fait insatisfaisantes et gagneraient
à être revues.
Le PFST reconnaît que les entreprises privées
collaborent de plus en plus avec les secteurs public et universitaire
grâce à des alliances stratégiques, à
des réseaux de recherche et à des partenariats.
La recherche que plusieurs secteurs font en collaboration
suppose le partage des coûts (effet de levier financier)
et des résultats, et il peut s’agir de travaux
plus exploratoires que strictement industriels. En même
temps, une fois la masse critique atteinte, l’approche
multidisciplinaire et l’interaction entre ceux qui fournissent
les renseignements et ceux qui les utilisent apportent une
valeur ajoutée importante à toutes les parties.
Cela dit, les entreprises estiment avoir plus de mal à
tirer des avantages de ce travail et limitent donc leurs investissements
à cet égard .
Une meilleure synergie est nécessaire entre l’industrie
et les autres secteurs dont les activités portent sur
la R-D afin d’améliorer l’environnement
de recherche au pays et d’assurer un flot continu de
personnes talentueuses issues des universités et des
collèges. C’est en participant directement à
la recherche que les innovateurs se manifestent.
Participation du milieu universitaire à la R-D
La majorité de l’expertise au Canada est concentrée
dans les universités, qui ne sont pas soumises aux
priorités du gouvernement et du secteur privé.
La recherche menée en milieu universitaire tient compte
des tendances et des besoins dans une discipline donnée,
des intérêts et de l’expertise des personnes
ou des collaborateurs, de l’accès aux installations,
aux ressources humaines et au soutien, ainsi que de la nature
et de la disponibilité des fonds de recherche.
La plupart des subventions sont d’une durée
de cinq ans ou moins, ou liées à des priorités
institutionnelles, ce qui peut limiter les grands projets
multiinstitutionnels ou multisectoriels. Le soutien doit être
concurrentiel à l’échelle internationale
pour attirer et garder les meilleurs scientifiques. Le milieu
universitaire a également besoin d’un meilleur
soutien pour les frais généraux ou indirects
liés à la recherche : la formule fédérale
concernant les frais indirects pour la recherche universitaire
est en fait un financement conditionnel provenant d’organismes
subventionnaires fédéraux. Elle pourrait être
élargie de façon à appuyer également
la recherche révisée par des pairs effectuée
au sein de fondations financées par le fédéral.
Transferts de laboratoires fédéraux
Le transfert de laboratoires fédéraux à
vocation non réglementaire aux universités et
la mise en place de réseaux de centres d’excellence
dirigés par l’industrie sont un pas vers un meilleur
équilibre. Pour réaliser ces transferts, on
doit tenir compte des mesures s’appliquant à
la gouvernance et à la propriété intellectuelle,
sans compromettre le soutien à la fonction essentielle
de service public des laboratoires fédéraux
ni la capacité des organismes ou des fondations subventionnaires
d’appuyer la recherche en milieu universitaire. Il ne
faut pas non plus négliger les conséquences
auxquelles feront face ces organismes et ces fondations lorsqu’ils
recevront des demandes de financement de la part de scientifiques
fédéraux qui ont également le titre de
professeur associé. Le PFST recommande que le transfert
de laboratoires soit effectué en parallèle avec
un financement accru de la recherche universitaire.
La mise en place de réseaux dirigés par l’industrie
doit être accompagnée de lois ou d’outils
qui encourageront le secteur privé à investir
dans la R-D et favoriseront le partage de la propriété
intellectuelle.
Appui au travail international
La stratégie sur les S et T énonce clairement,
avec raison, le grand principe suivant : « promouvoir
une excellence de classe internationale » . Toutefois,
il n’y a pas concordance entre la réputation
et les engagements internationaux du Canada (bilatéraux)
et sa capacité à participer pleinement aux partenariats
et aux programmes scientifiques internationaux, et à
y exercer une influence. Les ministères fédéraux
ont souvent bien moins de ressources que les partenaires avec
lesquels ils ont négocié des accords bilatéraux.
La position du Canada à titre de partenaire stratégique
s’en trouve affaiblie. Aussi, les mesures d’austérité
financière ont réduit la capacité de
nombreux ministères fédéraux de payer
les frais de déplacement, de réunion et autres
frais associés aux partenariats.
Le PFST recommande que la mise en œuvre de la stratégie
sur les S et T comprenne un soutien financier pour permettre
au Canada de promouvoir son expertise scientifique à
l’échelle mondiale et de profiter des S et T
sur la scène internationale. Nous recommandons également
la création d’un fonds des débouchés
internationaux pour donner aux Canadiens la possibilité
de s’associer à des initiatives internationales
de recherche et de développement technologique.
Conclusion
Le PFST appuie la stratégie sur les S et T. Des mesures
doivent être prises pour créer une meilleure
synergie entre les secteurs dont les activités portent
sur la R-D afin d’améliorer l’environnement
de recherche au pays et d’assurer un flot continu de
personnes talentueuses issues des universités et des
collèges, des personnes formées en prenant part
directement à la recherche. Un environnement de recherche
dynamique au sein de nos établissements d’enseignement
supérieur est essentiel pour atteindre ce but. La recherche
fondamentale est la pierre angulaire du travail dans les trois
secteurs de la R-D, et elle est primordiale pour réussir
la mise en œuvre de la stratégie.
Le transfert de laboratoires fédéraux aux universités
doit être effectué en parallèle avec une
augmentation du financement de la recherche universitaire
et de la fonction essentielle de service public des laboratoires
fédéraux.
Du soutien et des mesures incitatives sont nécessaires
dans tous les secteurs pour atteindre et maintenir l’excellence
et la complémentarité, et pour stimuler davantage
la recherche industrielle. De nouvelles mesures incitatives
devraient être appliquées, par exemple, à
la promotion du leadership du Canada et à sa participation
à des initiatives et à des programmes scientifiques
internationaux.
1Réaliser le potentiel des sciences
et de la technologie au profit du Canada, 2007, page
55 : « … le gouvernement investira 9 millions
sur deux ans afin de faire du Canada la meilleure autorité
de réglementation dans sa catégorie... »
2Atkinson, R.D., Expanding the R&D Tax
Credit to Drive Innovation, Competitiveness and Prosperity,
The Information Technology and Innovation Foundation (États-Unis),
avril 2007.
3Réaliser le potentiel des sciences
et de la technologie au profit du Canada, 2007, page
48 : « Le gouvernement du Canada s’assurera que
ses politiques et programmes inspirent et aident les Canadiens
à atteindre une excellence de classe internationale
en matière scientifique et technologique. [...] Le
gouvernement mettra en place un environnement de saine compétition
pour s’assurer que le financement appuie les meilleures
idées. »
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