MÉMOIRE
AU COMITÉ PERMANENT DES FINANCES DE LA CHAMBRE DES COMMUNES DANS
LE CADRE DE SES CONSULTATIONS PRÉBUDGÉTAIRES

soumis par le Partenariat en faveur des sciences et de
la technologie
le 22 août 2002
Le Partenariat en faveur des sciences et de la technologie (PFST) est
une association coopérative regroupant plus de 20 organismes nationaux
oeuvrant dans le domaine des sciences et de la technologie. Il a été
constitué en juin 1995 à l'inviation de l'Académie
des sciences de la Société royale du Canada. Les organismes
nationaux qui le composent représentent des milliers de personnes
travaillant dans l'industrie, le monde universitaire et le secteur public.
Ce collectif travaille à la fois en autonomie et en partenariat
avec le gouvernement pour faire progresser la recherche et l'innovation
dans l'intérêt des Canadiennes et des Canadiens.
Le financement de base du PFSTest assuré par les organisations
membres. Ses réunions et autres activités ont notamment
pour but de définir les retombées économiques de
la recherche ainsi que les effets des budgets de recherche au Canada,
d'analyser les questions de propriété intellectuelle et
les autres entraves possibles à la symbiose entre les universités
et l'industrie, d'examiner les dimensions internationales des projets
et organismes de recherche et de renseigner les instances décisionnelles
sur les sciences et la technologie ainsi que sur l'importance de celles-ci
pour le Canada.
Le PFST est une ressource de grande envergure qui, par le biais de contrats,
est à même d'organiser des activités et de conduire
des évaluations et des études utiles pour les ministères
et organismes de l'État, les organismes non gouvernementaux et
le grand public. La Société royale du Canada lui sert d'agent
pour les contrats et ententes concernant ses projets. Le Partenariat est
doté d'un Comité pour l'avancement de la recherche composé
de représentants de l'industrie et du monde universitaire qui étudie
des dossiers de toute première importance comme les recherches
à conduire en priorité au Canada. Par ailleurs, il propose
chaque mois, conjointement avec le CRSNG, un petit déjeuner causerie
organisé dans les édifices du Parlement sous le titre "Petits
déjeuners avec des têtes à Papineau" et qui a
pour but de renseigner les parlementaires sur les derniers progrès
scientifiques et technologiques. Il offre également, en collaboration
avec Industrie Canada, des conférences sur les tendances de la
politique scientifique prononcées par des hauts responsables de
différents pays. Enfin, chaque automne, il organise un symposium
sur un thème intéressant les sciences et la technologie:
l'édition 2002 "Le Canada, un partenaire sur la scène
mondiale des sciences et de la technologie" fut ainsi consacrée
à la collaboration internationale en matière de recherche.
1. Observations générales
Recherche et innovation sont les deux véritables clés de
voûte de l'expansion de notre économie du savoir. Le recherche,
depuis la recherche fondamentale jusqu'à la recherche appliquée,
constitue un tout homogène, et le travail de développement
ouvre sur de nouveaux domaines qui doivent être étudiés
par la recherche fondamentale, c'est-à-dire de façon créatrice.
Ces travaux favorisent le développement économique et, partant,
produisent une amélioration de la qualité de vie des Canadiens.
Le PFST se félicite de la palette des programmes créés
par le gouvernement du Canada depuis cinq ans, et notamment la Fondation
canadienne pour l'innovation, le Programme des chaires de recherche du
Canada et Génome Canada, ainsi que - véritable moment décisif
- de la généreuse participation financière de celui-ci
aux coûts indirects de la recherche. Nous sommes également
ravis que le gouvernement ait augmenté le financement des programmes
qui existaient déjà comme le Partenariat technologique Canada
et les conseils subventionnaires.
Dans deux documents récents, Le savoir, clé de notre avenir
: le perfectionnement des compétences au Canada et Atteindre l'excellence:
investir dans les gens, le savoir et les possibilités, le gouvernement
a invité les Canadiens à participer à des initiatives
audacieuses qui serviront au Canada de tremplin pour se positionner parmi
les nations qui investissent le plus dans la recherche et l'innovation.
Le PFST souscrit avec enthousiasme à plusieurs recommandations
clés formulées dans ces deux rapports.
2. Du personnel hautement qualifié
Du personnel hautement qualifié en suffisance est un impératif
incontournable d'une stratégie canadienne de la recherche et de
l'innovation dans l'industrie, les universités et les organismes
gouvernementaux. À cet égard, nous souscrivons à
la recommandation formulée dans Le savoir, clé de notre
avenir qui préconise de porter de 39 à 50% d'ici dix ans
le pourcentage des Canadiens de 25 à 64 ans ayant fait des études
supérieures. Nous soutenons également qu'un agenda de l'innovation
quel qu'il soit ne saurait se concrétiser sans la formation de
terchniciens dans une large gamme de disciplines.
Souvent, les étudiants doivent lourdement s'endetter pour pouvoir
terminer leurs études. Le PFST recommande de modifier le régime
de prêts aux étudiants en transformant en "subventions"
un pourcentage notable (de 50 à 70%) des prêts d'études
(dont le remboursement ne serait dès lors plus exigé). Cette
conversion serait effectuée au prorata et de façon échelonnée
et serait offerte aux étudiants qui resteraient au Canada ou qui
y reviendraient pendant une période donnée après
l'obtention de leur diplôme pour y avoir une activité professionnelle
productive.
Les diplômés de maîtrise et de doctorat sont essentiels
à l'épanouissement d'une économie du savoir. Nous
souscrivons à la recommandation formulée dans Le savoir,
clé de notre avenir qui préconise d'augmenter en moyenne
de 5% par an jusqu'en 2010 le nombre d'étudiants admis aux programmes
de maîtrise et de doctorat des universités canadiennes. En
revanche, nous recommandons vivement au gouvernement de faire le point
en 2005 pour déterminer si cette stratégie doit être
poursuivie telle quelle ou si elle doit être remaniée. Le
PFST s'interroge en effet sur les possibilités d'intégration,
par les différents secteurs, d'un nombre croissant de diplômés
de maîtrise et de doctorat. Le gouvernement ferait preuve d'irresponsabilité
s'il accordait un financement considérablement accru pour former
un plus grand nombre de gens hautement qualifiés et si l'industrie,
les universités et les administrations publiques n'étaient
pas suffisamment à même d'offrir des possibilités
d'emploi intéressantes à ces diplômés supplémentaires.
Le PFST soutient que le niveau du soutien financier accordé aux
étudiants des deuxième et troisième cycles est un
problème plus urgent encore si l'on veut attirer les jeunes gens
aussi bien vers des études que vers une carrière en sciences
et en génie au lieu de les voir se diriger en masse vers l'administration
des affaires, le droit et ainsi de suite. Pour que les Canadiens acceptent
de rester au Canada, il est tout aussi impératif de leur offrir
des bourses d'études ou de recherche qui soient comparables à
ce qu'ils pourraient obtenir à l'étranger. Songeons par
exemple au chancelier de l'Échiquier Gordon Brown qui a annoncé
récemment à Londres qu'il allait porter de 24 000 CAD (10
000 GBP) à 31 000 CAD (13 000 GBP) par an le montant des bourses
de doctorat, et de 40 800 CAD (17 000 GBP) à 50 400 CAD (21 000
GBP) celui des bourses post-doctorales. [Par comparaison, les bourses
de doctorat accordées par le CRSNG sont de 17 300 ou de 19 100
CAD par an (selon le niveau), et la bourse postdoctorale est de 35 000
CAD par an.]
Le PFST recommande vivement que le montant des bourses de doctorat et
de post-doctorat soit augmenté de 50% sur deux ans.
3. La recherche dans l'industrie
Le PFST considère que le problème de la recherche dans
l'industrie au Canada est le défi le plus pressant qui soit dans
le dossier de la recherche et de l'innovation. Pour dire les choses de
façon simple, la performance du Canada est loin de se comparer
à celle de ses concurrents dans le domaine de la recherche industrielle.
D'ailleurs, le vice-Premier ministre John Manley déclarait lui-même
en 1998 dans Perspectives sur la recherche, une publication de l'Université
d'Ottawa, que "[l]e secteur privé et le secteur public pourraient
investir davantage dans la R et D". En outre, le 19 juillet 2002,
Statistique Canada signalait que les industries prévoyaient réduire
leurs dépenses de R et D de 6.1% en 2002. Cette prévision
aggrave encore l'ampleur du défi qui se pose au Canada. Il est
impératif de lancer de toute urgence des initiatives ingénieuses
pour favoriser la recherche dans l'industrie.
Le PFST souscrit à la mise en oeuvre des initiatives suivantes
déjà envisagées par le gouvernement du Canada et
décrites dans le rapport Atteindre l'excellence :
- Récompenser l'innovation en offrant chaque année un
prix prestigieux aux innovateurs canadiens du secteur privé qui
se seront signalés sur la scène internationale. (Nous
recommandons incidemment que ce prix vienne s'ajouter aux Prix d'innovation
Manning dotés par le secteur privé.)
Augmenter le capital-risque disponible au Canada dans tous les secteurs,
en en confiant la coordination et l'administration à la Banque
de développement du Canada.
Offrir un appui au personnel des PME par le truchement du Programme
d'aide à la recherche industrielle du CNR.
Le PFST recommande par ailleurs :
- Que le gouvernement appuie les activités de recherche et d'innovation
conduites par les étudiants de deuxième cycle et les boursiers
post-doctoraux dans des PME : les chercheurs doivent être rémunérés
comme des salariés ordinaires, et non plus comme des étudiants
en stage ou en programme d'intégration.
- Élargir les critères d'admissibilité aux régimes
des crédits d'impôt pour études et des crédits
d'impôt pour la recherche scientifique de manière à
rendre également admissibles les financements accordés
aux entreprises non encore rentables.
Organiser dans différentes régions du pays des forums
et des ateliers pour étudier les pratiques exemplaires' des cadres
moyens et supérieurs du monde entier dans la recherche et l'innovation
en milieu industriel.
4. Questions intéressant les universités
Vernon Ehlers, membre du Congrès et président du Sous-comité
des sciences pour l'environnement, la technologie et les normes, déclarait
récemment ceci : "La recherche fondamentale financée
par les subventions de la National Science Foundation est l'assise de
l'expansion future de notre économie, et nous devons redoubler
d'efforts afin que le produit de cette recherche profite beaucoup à
nos enfants et à nos petits-enfants." C'est grâce à
la recherche fondamentale et à ses rejaillissements que le Canada
pourra se doter d'une capacité économique et accroître
sa productivité.
(1) Appui aux conseils subventionnaires (CRSNG, CRSH, IRSC)
Le CFST souscrit à la recommandation formulée dans le rapport
Atteindre l'excellence qui préconise de relever le niveau d'appui
aux conseils subventionnaires. Il recommande au gouvernement du Canada
d'offrir à chacun des conseils subventionnaires un budget triennal
dont l'augmentation serait fonction des besoins dans chaque cas.
(2) Fondation canadienne pour l'innovation
Les universités canadiennes ont pu se hisser au niveau de leurs
concurrentes à l'étranger grâce à la FCI qui
a financé leurs grandes infrastructures, le Fonds de relève,
ainsi que l'infrastructure nécessaire aux titulaires d'une chaire
de recherche Canada. Comme (i) il reste suffisamment de fonds pour financer
encore un grand (ou deux petits) concours de la FCI d'ici 2005; (ii) le
Fonds de relève et le fonds d'infrastructure du Programme des chaires
de recherche Canada ont considérablement augmenté en raison
des nombreux départs à la retraite prévus dans les
corps professoraux et du recrutement de chercheurs canadiens et étrangers;
et (iii) il apparaît véritablement nécessaire d'appuyer
des projets de recherche internationaux menés en collaboration
qui ont une grande visibilité, non pas uniquement sur le plan de
l'infrastructure, mais également pour couvrir les salaires, les
fournitures et les déplacements, le PFST recommande que la FCI
reçoive 350 millions de dollars pour la période 2003-2005.
(3) Coûts indirects de la recherche
Le PFST a été ravi de voir que, dans son budget de 2002,
le gouvernement du Canada ait pour la première fois prévu
des fonds pour les coûts indirects de la recherche. Nous souscrivons
à l'engagement pris par le gouvernement dans le rapport Atteindre
l'excellence à l'endroit d'un financement des coûts indirects
de la recherche. Le PFST recommande que le gouvernement du Canada contribue
de façon durable au financement des coûts indirects de la
recherche. Nous préconisons que ce financement passe de 22%, pour
l'exercice financier en cours, à 30% en 2003 et à 35% en
2004.
(4) Commercialisation de la recherche
Les transferts de technologie et l'entreprise commerciale sont devenus
deux composantes importantes du produit de la recherche en milieu universitaire.
Il est impératif que les universités améliorent considérablement
les possibilités de commercialisation du produit de leurs recherches,
et notamment la formation et l'embauche de personnels spécialisés
dans les domaines de la propriété intellectuelle, de la
gestion des contrats, des brevets et licences, de la négociation
auprès de sociétés d'investissement et de la gestion
du capital-risque. Le PFST recommande que le gouvernement du Canada accorde
de nouvelles ressources aux différents volets de la commercialisation
des recherches conduites par les universités. Il pourrait ainsi,
par exemple, relever le niveau de financement des coûts indirects
de la recherche, ou encore créer un Office ou un Secrétariat
de la commercialisation qui pourrait relever d'Industrie Canada ou fonctionner
comme une organisation non gouvernementale. Par ailleurs, le PFST recommande
vivement l'adoption d'une loi semblable à la Bayh-Dole Act des
États-Unis afin de réduire au minimum les obstacles aux
partenariats universités-industrie.
(5) Les Académies canadiennes des sciences
Dans la section "Le défi du milieu de l'innovation"
du rapport Atteindre l'excellence, il est recommandé que le gouvernement
du Canada envisage de donner son appui aux Académies canadiennes
des sciences. Le PFST recommande vivement cette initiative. Les Académies
pourraient offrir des avis experts objectifs et indépendants sur
des dossiers urgents et des questions d'intérêt public. Elles
seraient également un porte-parole du Canada sur la scène
internationale des sciences et de la technologie.
(6) Questions intéressant le gouvernement
Outre les nouveaux investissements dans le programme PARI (voir ci-dessus),
le PFST recommande également:
- La création d'un protocole d'évaluation confraternelle
amélioré, normalisé et bien coordonné qui
serait utilisé pour tous les projets de recherche conduits dans
les laboratoires du gouvernement, sauf ceux qui travaillent dans le
secteur réglementaire (p. ex. le Secrétariat américain
à l'énergie où des Canadiens font partie de certains
comités d'examen impose le même processus d'examen confraternel
à tous les projets de recherche qui lui sont proposés
par les universités et les laboratoires de l'État).
- Un appui pour l'initiative proposée avec la participation du
réseau FINE qui regroupe les chercheurs des laboratoires du gouvernement,
avec en plus une possibilité de partenariat avec les chercheurs
des universités et de l'industrie.
- Un réexamen et un renouvellement du rôle joué
par les laboratoires du gouvernement dans les systèmes d'information
à long terme (comme les données météorologiques
et la cartographie). Étant donné qu'il s'agit d'un rôle
que ne jouent normalement pas les milieux industriels et universitaires
et que les informations de ce genre sont importantes et utiles pour
les Canadiens, c'est un domaine dans lequel le gouvernement pourrait
ouvrir la voie et profiter des nouvelles potentialités.
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