MÉMOIRE
AU COMITÉ PERMANENT DES FINANCES DE LA CHAMBRE DES COMMUNES DANS
LE CADRE DE SES CONSULTATIONS PRÉBUDGÉTAIRES

Renforcer les capacités d'innovation
Soumis par le Partenariat en faveur des sciences et de
la technologie
Le 7septembre 2004
Introduction
Le Partenariat en faveur des sciences et de la technologie
est une association coopérative comptant plus de 20
organisations scientifiques et technologiques nationales et
représentant quelque 50 000 personnes de l’industrie,
du monde universitaire et du gouvernement. Il a été
établi en juin 1995 à l’invitation de
l’Académie des sciences de la Société
royale du Canada. Au nom de nos membres, nous abordons des
questions qui ont trait à la nature des sciences et
de la technologie ainsi qu’à leur importance
et à leurs avantages pour les Canadiens, et tentons
d’expliquer aux décideurs comment celles-ci contribuent
à la prospérité du Canada1.
Commentaires généraux
La qualité de vie des Canadiens tient à leur
capacité de soutenir la concurrence dans l’économie
mondiale, et leur potentiel d’innovation en sciences
et en technologie est essentiel pour le maintien et l’amélioration
de cette capacité. Pour mettre en valeur son potentiel
d’innovation, de transfert de technologie et de commercialisation
et accroître sa part de marché, le Canada doit
attirer ou former et garder un effectif diversifié
et qualifié qui se tiendra à la fine pointe
des sciences et de la technologie.
Nous félicitons le gouvernement d’avoir mis
sur pied de façon constructive, depuis quelques années,
de nouveaux programmes, organismes et activités scientifiques
(chaires de recherche du Canada, organismes de financement
- Fondation canadienne pour l’innovation, Génome
Canada, Fondation canadienne pour les sciences du climat et
de l’atmosphère, Fonds d’appui technologique
au développement durable - , Bourses d’études
supérieures du Canada, contributions fédérales
aux coûts indirects de la recherche dans les universités),
ainsi que d’avoir accru les fonds octroyés aux
organismes subventionnaires. Nous nous réjouissons
particulièrement de la récente création
du poste de conseiller national du premier ministre en matière
de sciences et de son mandat immédiat : évaluer
les investissements publics en sciences et en technologie.
Avec l’aide du conseiller, le gouvernement pourra s’attaquer
aux priorités nationales touchant les questions sociales
urgentes, l’économie du XXIe siècle et
la place qu’occupe le Canada dans le monde.
Il faut renforcer la capacité du Canada d’innover
en sciences et en technologie. D’autres gouvernements
(du Royaume-Uni, des pays d’Asie, d’Australie)
augmentent de façon substantielle leurs investissements
dans ces domaines, et les États-Unis considèrent
que la concurrence internationale accrue menace sa position
de chef de file en matière d’innovation et sa
part de marché. Tous s’efforcent d’attirer
de l’étranger un personnel hautement spécialisé
et de retenir leurs propres ressortissants qualifiés.
Le Canada aussi doit agir, et ce, dès maintenant.
Renforcer les capacités d’innovation
Selon nous, les enjeux suivants sont importants pour le renforcement
de la capacité scientifique et technologique et devraient
être examinés par le gouvernement.
1. Soutien du conseiller national en sciences
Nous félicitons le gouvernement d’avoir nommé
un conseiller national du premier ministre en matière
de sciences qui soit impartial. Sa tâche, renforcer
la capacité scientifique et technologique du Canada,
est imposante, et les attentes sont grandes. Il devra s’appuyer
sur de solides évaluations du savoir scientifique visant
des questions sociétales clés et sur des prévisions
valables des effets futurs des sciences et de la technologie
au Canada.
Recommandation :
• Que le gouvernement fournisse des ressources adéquates
au bureau du conseiller afin de lui permettre de remplir son
mandat.
• Qu’il donne suite à sa déclaration
d’appui à la création et au financement
d’une « académie canadienne des sciences
». Cette institution permettrait au Canada d’effectuer
des évaluations scientifiques indépendantes,
de renforcer les capacités du conseiller et de faire
connaître les sciences et la technologie canadiennes
à l’échelle internationale.
2. Capacité de recherche en sciences et en
technologie
Capacité scientifique du gouvernement
Le conseiller national en sciences s’est vu confier
la tâche de trouver de meilleures façons de coordonner
et d’intégrer les atouts scientifiques du Canada
dans tout le réseau d’innovation. Les ministères
et organismes à vocation scientifique et les organismes
de soutien de la recherche sont essentiels à sa capacité
d’innover. En plus de leur travail de surveillance et
de réglementation, ils font des recherches thématiques
internes, axées sur les processus, afin de s’acquitter
des mandats ministériels et de s’attaquer aux
priorités du gouvernement, et ce, avec une diversité
d’intérêts et dans une perspective à
long terme que l’on retrouve rarement dans les autres
secteurs de recherche. Nous félicitons les ministères
et organismes à vocation scientifique qui ont adopté
les directives formulées par le Conseil d’experts
en sciences et technologie (CEST) pour la sélection
et l’évaluation de projets scientifiques et technologiques
(rapports VEST et ESTFP). Cependant, pour renforcer la perception
d’intégrité du processus de sélection
et d’évaluation et de la qualité de leurs
projets scientifiques, tous les ministères et organismes
fédéraux à vocation scientifique devraient
adopter des procédures d’évaluation et
de sélection uniformes, ouvertes et transparentes.
En outre, une approche horizontale des sciences et de la technologie
au niveau fédéral devrait intégrer certains
aspects de travaux de recherche complémentaires effectués
dans les universités et l’industrie à
des programmes scientifiques et technologiques du gouvernement,
créant ainsi des partenariats innovateurs et réciproquement
avantageux2 .
Recommandation :
• Que le gouvernement crée un organisme relevant
du conseiller national en sciences et chargé de coordonner
les stratégies scientifiques du fédéral,
afin de prioriser le renouvellement de son infrastructure
de recherche et renforcer ainsi la capacité scientifique
et technologique, et de faciliter la collaboration à
la recherche entre les divers secteurs (public et privé).
• Que le gouvernement établisse des normes pangouvernementales
de sélection et d’évaluation transparentes
des projets scientifiques et technologiques afin de renforcer
la crédibilité de ceux entrepris par les ministères
et organismes à vocation scientifique.
Organismes subventionnaires
Nous félicitons le gouvernement du Canada des investissements
qu’il a effectués depuis quelques années
par l’entremise des trois organismes subventionnaires
: le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie
(CRSNG), les Instituts de recherche en santé du Canada
(IRSC) et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).
Parallèlement, pour renforcer les capacités
scientifiques et technologiques, il faut encore relever de
grands défis. Par exemple, les conseils subventionnaires
sont soumis à une énorme pression créée
par le grand nombre de nouveaux candidats aux subventions
de recherche, dont les titulaires des chaires de recherche
du Canada, et il faut accroître sensiblement le soutien
afin que l’industrie de pointe et les « décideurs
de demain » puissent pratiquer une concurrence mondiale.
Un autre problème réside dans le manque de fonds
pour le fonctionnement des grandes installations et de l’infrastructure
ayant reçu des capitaux par l’entremise des programmes
de la Fondation canadienne pour l’innovation.
Recommandation :
• Pour affirmer sa détermination d’innover
et par conséquent garder et attirer au Canada des chercheurs
exceptionnels, le gouvernement devrait renforcer la capacité
des organismes subventionnaires de maintenir une perspective
à long terme en haussant plus rapidement leurs subventions
et en adoptant une démarche pluriannuelle qui prévoit
la possibilité d’un report de 10 % d’une
année à l’autre.
Capacité de recherche dans les régions
éloignées
La vaste masse continentale du Canada et ses océans
présentent des défis logistiques et financiers
de taille pour la recherche scientifique. Nous félicitons
le gouvernement d’avoir réinvesti dans l’Étude
du plateau continental polaire (EPCP) et d’abord pris
un nouvel engagement à l’égard de l’Année
polaire internationale, 2007-2008, par l’entremise de
ses ministères et organismes, ainsi qu’ArcticNet
(par l’entremise des Réseaux de centres d’excellence
et du CRSNG). Cependant, les coûts de l’accès
et de l’entretien quotidien, des opérations à
bord de navires et des observatoires sur place à long
terme dépassent les moyens de ces organismes.
Par le passé, les ministères et organismes
fédéraux à vocation scientifique ont
géré d’importantes installations, permanentes
ou non, dans les régions éloignées du
pays. En raison des réductions dans les programmes
fédéraux de recherche, les scientifiques des
universités doivent maintenant se débrouiller
pour trouver de l’aide financière ponctuelle
afin de préserver des installations essentielles et
les connaissances actuelles et futures cruciales pour le Canada.
Un exemple de ces réductions est la fermeture soudaine
de l’Observatoire de l’ozone stratosphérique
de l’Arctique sur l’île d’Ellesmere,
en 2002. Selon un rapport présenté récemment
à Paul Martin par l’ancien président du
Caucus du gouvernement sur l’éducation postsecondaire
et la recherche, les ministères et organismes à
vocation scientifique constituent maintenant le maillon faible
de la capacité scientifique et technologique du Canada.
L’EPCP a rendu des services exceptionnels à la
recherche scientifique dans le Nord et s’impose comme
modèle à suivre. Cependant, il faut maintenant
adopter une vision stratégique à long terme,
comprenant le renforcement des capacités locales, si
l’on veut satisfaire aux besoins du Canada en matière
de recherche et de politiques dans les régions éloignées
et lui permettre de participer comme il se doit aux activités
internationales pertinentes.
Recommandation :
• Que le gouvernement confie aux ministères et
organismes à vocation scientifique le mandat de mettre
en œuvre des programmes scientifiques dans les régions
éloignées, en leur fournissant les fonds nécessaires,
et crée un organisme interinstitutions chargé
de coordonner l’aspect logistique de l’ensemble
de la recherche scientifique qui se fait dans ces régions,
en particulier dans l’Arctique. Les ressources doivent
fournir une assistance soutenue et intégrée
dans un large éventail de régions géographiques
et de disciplines.
• Que le conseiller national en sciences donne son avis
sur la façon de structurer l’organisme interinstitutions
afin d’assurer un soutien logistique soutenu de la planification
et de l’application de la recherche et de satisfaire
ainsi aux besoins nationaux.
3. Capacité de commercialisation des sciences
et de la technologie
Pour que les inventions et idées nouvelles pénètrent
sur le marché mondial, l’industrie doit combler
les lacunes du processus de commercialisation. Le gouvernement
du Canada a investi massivement dans la recherche qui sous-tend
les nouveaux produits et services. Il s’est également
fixé des objectifs ambitieux pour son projet d’innovation
: accroître énormément la recherche et
le développement dans le secteur privé et le
montant des capitaux investis dans les entreprises innovatrices.
Récemment, il a financé deux programmes pilotes
de commercialisation visant les universités et les
laboratoires fédéraux.
Ces précieuses contributions aident le Canada à
favoriser une économie du savoir qui fait concurrence
aux meilleurs dans le monde. Cependant, pour soutenir la concurrence,
on ne doit pas se contenter d’observer passivement.
Tous les pays développés ont élaboré
des stratégies et des programmes musclés d’innovation
et de commercialisation ou sont en train de le faire. Il est
maintenant temps que le Canada accélère ses
efforts en vue d’atteindre ces objectifs en établissant
un cadre financier progressif et en créant des programmes
permettant aux entreprises d’être mieux en mesure
de lancer leurs innovations sur le marché et de créer
de nouvelles richesses.
Les gouvernements peuvent aider les petites entreprises à
commercialiser leurs nouveaux produits et services en les
adoptant d’abord eux-mêmes, et investir dans des
projets de validation du principe et des projets-pilotes.
Cela leur permettra d’augmenter le capital requis pour
la commercialisation en diminuant les risques pour les sociétés
financières d’innovation et les investisseurs
providentiels. Le fédéral peut aussi financer
les technologies prometteuses et innovatrices. Une série
d’études ont également démontré
qu’il fallait plus de capitaux de démarrage et
de prédémarrage pour stimuler la création
et la croissance des entreprises, ainsi que des mesures d’encouragement
pour accroître l’investissement des institutions
dans des fonds de capital-risque. Les programmes en cours,
comme le Programme d’aide à la recherche industrielle
du Conseil national de recherches, Partenariat technologique
Canada et le programme pilote sur le changement climatique
Mesures d’action précoce en matière de
technologie, contribuent déjà grandement à
la commercialisation par un développement technologique
précoce, l’appui des PME et le financement de
programmes pilotes prédémarrage de technologie
de pointe. Il faudrait prolonger et renforcer les programmes
existants en mettant l’accent sur la capacité
d’absorption de l’industrie canadienne. Nous félicitons
le gouvernement de son soutien additionnel de 250 millions
de dollars accordé dans le budget de 2004 à
la Banque de développement du Canada (BDC) pour certaines
initiatives faisant appel à des capitaux de démarrage
et de risque. Il faut appuyer encore plus les programmes de
prédémarrage et de démarrage, entre autres
en améliorant les compétences dans les PME.
Ces initiatives devraient être prises par le secteur
privé et par la BDC, axées sur les forces du
marché, d’envergure nationale et orientées
vers les secteurs très susceptibles de présenter
un avantage économique à long terme pour le
Canada.
Recommandation :
• Que le gouvernement veille à ce que les nouveaux
programmes de financement de prédémarrage et
de démarrage soient axés sur le marché
et menés à bien par le secteur privé.
La BDC pourrait gérer ces programmes.
• Qu’il renforce les programmes existants tels
que Partenariat technologique Canada, les Mesures d’action
précoce en matière de technologie et le Programme
d’aide à la recherche industrielle.
• Qu’il revoie le programme de crédit d’impôt
pour la recherche scientifique et le développement
expérimental, qui a connu beaucoup de succès,
en vue d’étendre sa portée en aval vers
le marché.
4. Capacité scientifique et technologique
future
Jeunes scientifiques et ingénieurs
Comme les pays se livrent une concurrence de plus en plus
grande pour attirer et garder du personnel hautement qualifié,
il est indispensable que le Canada continue d’encourager
fortement la formation supérieure de jeunes scientifiques
et ingénieurs dans le cadre de sa stratégie
visant à assurer sa capacité scientifique et
technologique pour l’avenir immédiat. À
la fin de leur baccalauréat en sciences, nombre d’étudiants
ont un niveau d’endettement élevé qui
les décourage de poursuivre leur formation. En outre,
les PME ont besoin, pour renforcer leur capacité d’innover,
d’employés hautement qualifiés, entre
autres des étudiants diplômés et des boursiers
de recherches postdoctorales.
Recommandation :
• Que le gouvernement examine des mécanismes
de radiation de dette afin d’encourager un plus grand
nombre d’étudiants à s’inscrire
aux études supérieures.
• Dans le cadre de notre recommandation de renforcer
les organismes subventionnaires, que le gouvernement accroisse
le financement de ces organismes pour leur permettre de verser
des allocations aux étudiants diplômés
et aux boursiers de recherche postdoctorale des universités
et des collèges canadiens et de couvrir leurs frais
de recherche et de formation.
• Que le gouvernement veille à ce que les étudiants
diplômés et les boursiers de recherche postdoctorale
qui travaillent dans des PME soient salariés.
1 Par exemple, en partenariat avec CRNG, nous parrainons
une série de réunions-petits déjeuners
avec des têtes à Papineau sur la Colline.
2 P.ex. Industrie Canada, 2002. Atteindre l'excellence
: investir dans les gens, le savoir et les possibilités.
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