MÉMOIRE
AU COMITÉ PERMANENT DES FINANCES DE LA CHAMBRE DES COMMUNES DANS
LE CADRE DE SES CONSULTATIONS PRÉBUDGÉTAIRES

LE RÉGIME FISCAL DONT LE
PAYS A BESOIN POUR UN AVENIR PROSPÈRE
Soumis par le Partenariat en faveur des sciences et de
la technologie
Le 15 août 2007
RÉSUMÉ
La santé économique du Canada dépend
de ses ressources humaines, naturelles et environnementales,
ainsi que d’un cadre législatif propice à
la mobilisation efficace de ces ressources. En recherche-développement
(R-D), cette santé économique exige force et
équilibre dans les initiatives des secteurs public,
privé et universitaire. La nouvelle stratégie
fédérale pour les sciences et la technologie
offre un cadre permettant de renforcer le rendement du Canada
en recherche et innovation dans les divers secteurs. Elle
reconnaît également la nécessité
de mesures propres à encourager la R-D dans l’industrie
et le secteur privé.
La recherche à long terme et le contrôle essentiels
au bien public doivent être assurés dans le secteur
public et appuyés par des fonds publics. Des milieux
de recherche dynamiques dans les universités favorisent
la création de nouvelles connaissances, leur diffusion
dans d’autres secteurs, des partenariats interdisciplinaires,
la formation des étudiants – et constituent un
réservoir de compétences. Les secteurs privé
et public puisent dans ce réservoir de ressources humaines
compétentes.
Les activités de recherche du secteur privé
sont motivées par la recherche d’efficacité
et la marge bénéficiaire : ce secteur a besoin
d’un ensemble d’incitations et de règlements
réalistes. Le secteur des sociétés bénéficie
déjà de généreux crédits
d’impôt pour la R-D, qui favorisent plus particulièrement
les petites entreprises. Les crédits sont le principal
moyen que le gouvernement possède pour influencer le
niveau global de la R-D menée par l’entreprise;
la question qui se pose est donc celle de savoir s’il
faut leur donner plus d’ampleur ou les rendre plus efficaces.
Le Partenariat recommande :
• Des mesures incitatives accrues pour attirer
et garder les meilleurs scientifiques et ingénieurs;
• Un soutien accru pour l’infrastructure de recherche
dans les laboratoires fédéraux et pour les coûts
indirects;
• Des incitations fiscales pour encourager l’investissement
du secteur privé en R-D;
• L’appui à des partenariats stratégiques
internationaux et à l’accès aux programmes
et données scientifiques internationaux.
Introduction
Le Partenariat en faveur des sciences et de la technologie
(PAGSE) est une association qui regroupe plus de 25 organisations
professionnelles et scientifiques représentant 50 000
membres dans les secteurs universitaire, industriel et gouvernemental.
Il représente les milieux canadiens des sciences et
du génie auprès du gouvernement et fait la promotion
de la recherche et de l’innovation pour le bien des
Canadiens. Le PAGSE n’est pas un groupe de pression,
mais un partenariat coopératif qui s’attaque
aux grands enjeux de la politique en matière de sciences
et de génie au niveau national.
Dans le dernier mémoire qu’il a remis au Comité
des finances de la Chambre des communes, le PAGSE a souligné
qu’il était urgent de se donner un cadre national
en science et technologie (S T). Il félicite le gouvernement
de la stratégie rendue publique en mai 2007 : «
Réaliser le potentiel des sciences et de la technologie
au profit du Canada ». Le PAGSE appuie l’orientation
générale et les principes de la stratégie.
Le présent mémoire tient compte de la nécessité
d’un secteur de la R-D équilibré et propose
des mesures fiscales propres à raffermir cet équilibre.
L’ampleur et la croissance de l’excédent
budgétaire fédéral (3,5 milliards de
dollars en juin 2007) montre que l’économie canadienne
est en bonne santé et a un solide rendement financier
et économique. Le Canada est en voie de rembourser
sa dette nette d’ici 2021. Le PAGSE ne voit aucune nécessité
de lever de nouveaux impôts auprès des particuliers.
Des mesures incitatives financières et fiscales sont
néanmoins recommandées pour favoriser les investissements
de l’industrie dans la R-D et équilibrer les
dépenses fédérales en R-D.
Contexte de la recherche au Canada
Au Canada, la recherche se fait dans plusieurs cadres, dont
chacun sert une fin particulière : la recherche dans
le secteur public porte sur les normes et la réglementation,
les services publics, l’élaboration de politiques
et l’établissement de bases de données
nationales; la recherche universitaire a pour but de faire
progresser le savoir, d’éduquer et de former,
et de fournir de l’information pour l’établissement
des normes et l’élaboration de stratégies
en matière de politiques; la recherche industrielle
a pour objectifs le développement de nouveaux produits,
l’adaptation à l’état changeant
des ressources, le développement commercial et l’augmentation
de la part de marché. L’information et les aperçus
nouveaux qui découlent de la recherche fondamentale
nourrissent l’énergie de l’entreprise en
lui donnant des possibilités de réaliser des
progrès technologiques et d’obtenir des avantages
sur le marché. Une stratégie qui vise à
accroître la recherche industrielle doit donc comprendre
des mesures pour renforcer les fondements scientifiques de
l’innovation et de la nouvelle technologie.
D’autres mesures peuvent contribuer à instaurer
des règles du jeu égales pour tous les secteurs
de la R-D : appui à la protection de la propriété
intellectuelle par des brevets, des licences ou d’autres
mesures; renforcement du soutien logistique à la recherche
dans les régions éloignées, notamment
l’Arctique; amélioration du soutien pour les
frais généraux et indirects de la recherche.
Le PAGSE propose que la formule fédérale concernant
les coûts indirects pour la recherche universitaire
soit élargie de façon à appuyer également
la recherche universitaire venant des fondations à
financement fédéral.
Éducation et santé économique
Des études ont établi une corrélation
positive entre le niveau général d’instruction
et le produit national brut. Les pays où les inscriptions
à l’université sont nombreuses ont des
niveaux supérieurs de compétences, d’emploi,
de revenu, de productivité et de croissance. L’accélération
du progrès technologique dans l’économie
mondiale fait changer les compétences nécessaires
et exige une éducation et un recyclage permanents.
Les universités et collèges au Canada doivent
avoir un solide cadre de recherche afin de répondre
à la demande et de recycler les travailleurs pour qu’ils
soient productifs, innovateurs et capables de s’adapter.
Les bourses postdoctorales et les chaires de recherche du
Canada ont attiré des scientifiques exceptionnels (dont
des Canadiens qui étaient partis à l’étranger)
vers les établissements canadiens; toutefois, ceux
qui font une première demande au Canada, même
s’ils ont fait leurs preuves à l’étranger,
ont du mal à obtenir des subventions de recherche à
la hauteur des compétences dont ils ont fait la preuve.
Il faut résoudre ce problème.
Participation du secteur privé à la
recherche-développement (R-D)
Des études montrent que le facteur principal, pour
les entreprises qui choisissent de faire leur R D à
l’étranger, est le coût, ce qui comprend
aussi le régime fiscal. (À supposer qu’il
existe un réservoir suffisant de talent en R-D.) Un
facteur important, pour amener des entreprises étrangères
à investir en recherche au Canada, est l’existence
d’une infrastructure scientifique et technologique exceptionnelle.
Les incitatifs fiscaux sont essentiels si on veut que les
laboratoires soient de la plus haute qualité, bien
entretenus et dotés du personnel de soutien technique
voulu.
Le secteur privé jouit déjà d’un
certain nombre d’avantages fiscaux, qui n’ont
pas toujours réussi à stimuler la R D dans l’industrie;
on peut même dire que certaines mesures fédérales
en réglementation favorisant un marché concurrentiel
ont été tout à fait insatisfaisantes
. Le PAGSE reconnaît que les entreprises privées
collaborent de plus en plus avec les secteurs public et universitaire
grâce à des alliances stratégiques, à
des réseaux de recherche et à des partenariats.
La recherche que plusieurs secteurs font en collaboration
suppose le partage des coûts (effet de levier financier)
et des résultats, et il peut s’agir de travaux
plus exploratoires que strictement industriels. Les entreprises
estiment avoir plus de mal à tirer des avantages de
ce travail et limitent donc leurs investissements à
cet égard . Ces collaborations peuvent donner lieu
à des incertitudes quant à la capacité
des entreprises de réclamer le crédit d’impôt
fédéral pour les paiements faits à des
tiers dans le cadre du programme RS-DE.
Il faut une meilleure synergie entre l’industrie et
les autres secteurs qui font de la R D. Les services universitaires
de transfert technologique pourraient être invités
à commenter les mécanismes qui permettraient
d’obtenir cette synergie; on pourrait étudier
comme modèles des mécanismes existants (p. ex.,
Valorisation Recherche Québec).
Il faut encourager l’investissement de capital de risque.
Sans vouloir être normatifs, nous recommandons que les
autorités fédérales reconnaissent l’investissement
de capital de risque pour le financement au stade de l’expansion.
Nous proposons également que le Canada étende
le programme de crédits d'impôt à la RS-DE
pour y englober la première étape de la commercialisation
de nouvelles technologies. On attirerait ainsi du capital
de risque privé et augmenterait les capitaux consacrés
à la commercialisation de nouvelles technologies venues
des quatre coins du monde.
RECOMMANDATIONS
1. Des mesures incitatives accrues pour attirer et
garder les meilleurs scientifiques et ingénieurs.
Ces mesures pourraient comprendre une exonération fiscale
(fédérale) limitée pour les nouveaux
scientifiques qui arrivent au Canada; des subventions de démarrage
pour les nouveaux chercheurs, subventions qui reconnaîtraient
de façon réaliste leur ancienneté et
leur expérience. Nous recommandons que le gouvernement
fédéral assume la charge des intérêts
sur les prêts étudiants pour les étudiants
diplômés qui restent au Canada après avoir
obtenu leur diplôme. La formule pourrait tenir compte
du nombre d’années de travail du diplômé
au Canada après l’obtention de son diplôme.
Nous recommandons en outre des allégements fiscaux
pour les particuliers ou les sociétés qui font
des dons aux universités, aux collèges et aux
sociétés savantes pour des entreprises en R
D.
2. Un soutien accru pour l’infrastructure de
recherche dans les laboratoires fédéraux et
pour les coûts indirects. Depuis un quart de
siècle, l’effort scientifique de services gouvernementaux
est statique ou diminue , ce qui compromet la capacité
des autorités fédérales de s’acquitter
de leur mandat relatif à la surveillance à long
terme, à la collecte de données, à l’archivage
et à l’accès aux données. Pour
faire face aux nouvelles menaces d’ordre économique
et environnemental, notamment les aléas extrêmes
de la météorologie et les espèces nuisibles
envahissantes, il faut avoir des connaissances fondamentales
satisfaisantes. Le Canada ne peut se permettre de dépendre
de sources étrangères pour acquérir ou
acheter cette information; il compromettrait sa compétitivité.
3. Encourager l’investissement du secteur privé
en R-D. Le gouvernement pourrait encourager un plus
grand recours aux chercheurs de l’industrie en résidence
et à d’autres échanges de chercheurs entre
secteurs. La stratégie fédérale de S-T
comprend la mise en place de réseaux de centres d’excellence
dirigés par l’industrie. D’autres initiatives
pourraient aussi profiter de nouveaux capitaux : il ne devrait
pas se faire de nouvelle répartition aux dépens
de secteurs qui réalisent de la R D. Le PAGSE recommande
d’élargir le programme de crédits d'impôt
à la RS-DE pour y englober la première étape
de la commercialisation de nouvelles technologies. Il recommande
également un examen des encouragements à la
collaboration entre les secteurs privé et universitaire
dans le cadre du programme de RS-DE.
4. Assurer une participation égale aux partenariats
nationaux et aux partenariats stratégiques internationaux,
et l’accès aux programmes et données scientifiques
internationaux. Il n’y a pas concordance entre
les engagements internationaux du Canada (bilatéraux)
et sa capacité d’appliquer ces accords négociés.
Les mesures d’austérité financière
ont beaucoup affaibli la capacité de nombreux ministères
fédéraux de soutenir les déplacements,
les réunions et les autres coûts dans le cadre
des partenariats. Il faut que les ministères fédéraux
et les universités canadiennes aient accès à
des fonds pour l’application de base des accords. Dans
son mémoire de 2006, le PAGSE disait qu’une forme
innovatrice de « capital de risque » était
essentielle pour que le Canada établisse ou maintienne
sa réputation internationale et bénéficie
de la S T sur la scène mondiale. Nous réitérons
cette recommandation. Nous recommandons également la
création d’un fonds des débouchés
internationaux pour donner aux Canadiens la possibilité
de s’associer à des initiatives internationales
de recherche et de développement technologique.
1Réaliser le potentiel des sciences et
de la technologie au profit du Canada, 2007, page 58 : «
… le gouvernement investira 9 millions sur deux ans
afin de faire du Canada la meilleure autorité de réglementation
dans sa catégorie... »
2Atkinson, R.D., Expanding the R&D Tax Credit
to Drive Innovation, Competitiveness and Prosperity, The Information
Technology and Innovation Foundation (États-Unis),
avril 2007.
3CEST, LSNC : Les liens dans le système
national de connaissance, février 2005.
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