MÉMOIRE
AU COMITÉ PERMANENT DES FINANCES DE LA CHAMBRE DES COMMUNES DANS
LE CADRE DE SES CONSULTATIONS PRÉBUDGÉTAIRES

Les grandes initiatives scientifiques
et les partenariats internationaux en sciences
Soumis par le Partenariat en faveur des sciences et de
la technologie
Le 15 août 2008
SOMMAIRE
Le Canada est l’un des plus grands pays et pourtant
il a toujours été un joueur de peu d’importance
dans les projets scientifiques internationaux, y compris les
projets qui revêtent une importance stratégique
pour le pays. La collaboration à des projets scientifiques
internationaux expose les scientifiques canadiens à
d’éventuelles découvertes et elle fournit
la masse critique nécessaire à la réalisation
de grands travaux de recherche et donne accès à
des talents scientifiques et à la propriété
intellectuelle, qui décuplent le pouvoir des ressources
investies par le pays. La collaboration internationale permet
également aux Canadiens de se comparer à d’autres
pays et à peser sur la programmation internationale
tout en rehaussant la réputation du Canada en tant
que partenaire international sérieux, facteur qui peut
amener certains scientifiques de pointe à envisager
de travailler au Canada. En participant et en investissant
davantage dans certaines grandes initiatives internationales,
on aidera à changer la perception du Canada; de petit
joueur forcé de s’associer à d’autres
petits joueurs pour accéder à un programme scientifique,
il deviendra un partenaire incontournable.
Les travaux scientifiques internationaux sont des initiatives
et des secrétariats qui nécessitent les ressources
financières, logistiques ou intellectuelles coordonnées
de plusieurs pays et secteurs. Les grands travaux scientifiques
sont des initiatives de grande ampleur qui nécessitent
des ressources débordant de la capacité d’un
établissement, d’un organisme de financement
ou d’un pays et qui sont censées produire des
résultats considérables. Les grands travaux
scientifiques englobent des initiatives de tous les niveaux,
des consortiums travaillant dans des installations comme le
CERN (l’Organisation européenne pour la recherche
nucléaire), l’Observatoire de neutrinos de Sudbury,
salué mondialement, le Programme de sondage des fonds
marins ou encore de grands réseaux de recherche comme
le Polar Environment Research Laboratory sur l’île
Ellesmere et le projet NEPTUNE , le plus grand observatoire
câblé des fonds marins.
Le Canada souscrit à un certain nombre de programmes
internationaux et héberge quelques secrétariats
internationaux. Il a la possibilité d’améliorer
sa réputation, ses contributions et surtout ses avantages
en coordonnant des sources de financement, en soutenant l’infrastructure
et les coûts opérationnels, en hébergeant
des secrétariats scientifiques internationaux et en
éliminant les restrictions environnementales qui entravent
l’innovation et le développement économique.
De telles mesures permettront d’améliorer la
réputation des milieux scientifiques canadiens et des
scientifiques canadiens à l’échelon international,
sensibiliseront l’industrie aux rôles joués
par les Canadiens et favoriseront le maintien de la recherche
et de l’innovation au Canada.
Le Partenariat recommande :
• que le gouvernement fédéral
adopte une démarche stratégique à l’égard
des investissements dans les grandes initiatives scientifiques
et dans les partenariats internationaux en sciences; cette
démarche doit comporter un soutien financier pour maximiser
les avantages pour les Canadiens et leur économie.
Introduction
Le PFST est une association coopérative qui regroupe
plus de 25 organismes nationaux dans le domaine des sciences
et de la technologie représentant environ 50 000 membres
provenant de l’industrie, des milieux du savoir et du
gouvernement. Il représente le milieu canadien des
sciences et du génie auprès du gouvernement
et aspire à faire progresser la recherche et l’innovation
pour le bien des Canadiens. Le PFST n’est pas un groupe
d’intérêt; il est un partenariat coopératif
qui s’attaque à de grands enjeux liés
à la politique sur les sciences et le génie
à l’échelon national.
Le PFST a donné son appui à la stratégie
fédérale en matière de S et T, publiée
en 2007 et intitulée Réaliser le potentiel des
sciences et de la technologie au profit des Canadiens. Le
présent mémoire propose des mesures pour maintenir
la position de tête du Canada en matière de performance
en R&D publique au sein du G-8, pour rendre le Canada
attrayant pour les éléments hautement spécialisés,
pour inspirer les Canadiens et les aider à accomplir
des travaux scientifiques et technologiques au niveau de l’excellence
mondiale et pour encourager les partenariats et gagner la
réputation de meneur mondial en la matière.
Ces mesures sont conformes à l’engagement pris
par le gouvernement fédéral dans sa politique
:
« Le gouvernement fédéral positionnera
le Canada comme un chef de file mondial grâce à
des partenariats nationaux et internationaux plus forts :
...
En renforçant les attaches canadiennes au réservoir
mondial d’idées, de talents et de technologies.
Le gouvernement évaluera la présence canadienne
en S et T sur la scène internationale et étudiera
des façons d’améliorer la capacité
du Canada à contribuer aux développements internationaux
en matière de S et T, et à en profiter, ...
»
La nécessité de transposer la recherche en
innovation de manière plus efficace demeure une préoccupation
de premier plan. Les raisons en sont multiples et complexes
mais on peut citer le besoin d’une politique efficace
en vertu de laquelle les scientifiques canadiens peuvent participer
à de grandes initiatives scientifiques internationales.
Raison d’être
Par définition, la science est internationale. Les
progrès technologiques et les nouvelles connaissances
profitent à tous et nécessitent la coopération
et l’innovation internationales. Le Canada dispose d’un
réseau de conseillers en science et en technologie
dans différentes ambassades; des conseils subventionnaires
soutiennent l’accès à des équipes
et des installations internationales dans la mesure du possible
et le Conseil national de recherches scientifiques soutient
la participation du Canada à 29 syndicats ou programmes
scientifiques internationaux. Cependant, les tentatives pour
créer un environnement favorable à l’innovation
internationale, notamment au moyen de mesures comme des incitatifs
fiscaux, n’ont jamais véritablement porté
fruit; en raison de la nécessiter d’harmoniser
les travaux scientifiques aux politiques du gouvernement,
les scientifiques n’ont pas les coudées franches
pour explorer des territoires prometteurs; les pratiques des
organismes subventionnaires ne correspondent pas aux besoins
financiers des grands initiatives de collaboration et les
fonds limités à consacrer aux programmes internationaux
ne donnent pratiquement aucune marge pour adhérer à
de nouveaux partenariats.
Il est nécessaire de changer de direction, notamment
en :
• encourageant la coordination des sources de financement
de manière à réaliser des économies,
à éliminer les problèmes liés
à l’obligation de combiner des crédits
similaires de sources multiples et à éviter
que des scientifiques canadiens et productifs de haut niveau
ne consacrent trop de temps à traiter des demandes
de subventions;
• veillant à ce que les crédits pour les
travaux à réaliser au cours des « années
internationales » soient disponibles à temps
(et selon un processus concurrentiel), afin que les résultats
des recherches et les contributions du Canada soient à
la hauteur de ceux des autres pays;
• garantissant un appui soutenu aux grandes initiatives
(p. ex., 10 ans avec évaluation à mi-parcours),
de manière à assurer un flux de spécialistes,
de résultats scientifiques et de mises en pratique
ou de retombées;
• soutenant les secrétariats scientifiques internationaux
au Canada (on compte actuellement PICES, l’Organisation
des sciences de la mer pour le Pacifique Nord, dont le siège
se trouve à l’Institut des sciences de la mer
à Sidney, en Colombie-Britannique) et le Secrétariat
de l’initiative SPARC (Stratospheric Processes and their
Role in Climate) du Programme mondial de recherches sur le
climat, hébergé par l’Université
de Toronto; ces secrétariats mettent nettement en évidence
la position de tête dont jouit le Canada; des appuis
accrus permettraient au Canada de devenir aussi actif que
l’Europe, les pays scandinaves et l’Asie;
• devenant un signataire à part entière
et un participant majeur des organisations fondées
sur des traités internationaux comme le Système
du Traité de l’Antarctique;
• encourageant les chercheurs canadiens à participer
à des initiatives internationales motivées par
des objectifs scientifiques plutôt que stratégiques,
ce qui permettrait de reconnaître des enjeux lointains
pouvant revêtir une importance économique et
scientifique;
• investissant de manière stratégique
dans des éléments de grands projets scientifiques
(investissements/incitatifs fiscaux le long de la chaîne
de valorisation et notamment dans la transposition de la recherche
en innovation et dans des infrastructures de collaboration
pour promouvoir la recherche interdisciplinaire).
Ces changements amélioreraient la réputation
scientifique internationale du Canada – ce qui est essentiel
pour permettre à l’industrie de mieux comprendre
le rôle du Canada en matière d’innovation
– et amélioreraient l’image du Canada en
tant qu’allié stratégique privilégié.
Dans son mémoire de 2007, le PFST a soulevé
des questions similaires et a recommandé des mesures
pour assurer une participation égale aux partenariats
nationaux et aux partenariats stratégiques internationaux
et l’accès aux programmes et données scientifiques
internationaux. Il considérait qu’il
n’y avait pas concordance entre les engagements internationaux
du Canada (bilatéraux) et sa capacité d’appliquer
ces accords négociés. Les mesures d’austérité
financière ont beaucoup affaibli la capacité
de nombreux ministères fédéraux de soutenir
les déplacements, les réunions et les autres
coûts liés aux partenariats. Il faut que les
ministères fédéraux et les universités
canadiennes aient accès à des fonds pour l’application
élémentaire des accords. Dans son mémoire
de 2006, le PAGSE disait qu’une forme innovatrice de
« capital de risque » était essentielle
pour que le Canada établisse ou maintienne sa réputation
internationale et bénéficie de la S et T sur
la scène mondiale. Nous réitérons cette
recommandation. Nous recommandons également la création
d’un fonds des débouchés internationaux
pour donner aux Canadiens la possibilité de s’associer
à des initiatives internationales de recherche et de
développement technologique.
Conclusion
Insister davantage sur l’appui au Canada et aux scientifiques
canadiens pour qu’ils ouvrent la voie et participent
à titre de partenaires à part entière
aux initiatives scientifiques internationales car cela produira
de nombreux avantages. Il faut du soutien aux travaux scientifiques,
à l’infrastructure scientifique et à l’administration
scientifique internationale. La recherche internationale en
collaboration entre différents secteurs implique le
partage des coûts (levier financier) et des résultats
ainsi que la reconnaissance par le gouvernement fédéral
de l’importance d’accéder à de nouvelles
idées et à de nouvelles technologies de partout
dans le monde et des mesures pour archiver et consulter de
nouvelles connaissances. La réputation accrue des travaux
scientifiques canadiens et des scientifiques canadiens sur
la scène internationale fera du Canada un partenaire
stratégique important, aidera l’industrie à
constater encore davantage le rôle novateur de nos scientifiques
et contribuera à garder au Canada l’expertise
et l’innovation en recherche.
Recommandation :
Que le gouvernement fédéral adopte une démarche
stratégique à l’égard des investissements
dans les grandes initiatives scientifiques et dans les partenariats
internationaux en sciences; cette démarche doit comporter
un soutien financier pour maximiser les avantages pour les
Canadiens et leur économie.
1North-east Pacific Time-series Undersea Network
Experiments
2Réaliser le potentiel des sciences et de
la technologie au profit du Canada, 2007, pg 90.
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