MÉMOIRE
AU COMITÉ PERMANENT DES FINANCES DE LA CHAMBRE DES COMMUNES DANS
LE CADRE DE SES CONSULTATIONS PRÉBUDGÉTAIRES

Soumis par le Partenariat en faveur des sciences et de
la technologie
Le 14 août 2009
RÉSUMÉ
L’actuelle crise financière mondiale n’a
laissé aucune économie indemne. Jusqu’à
maintenant, le Canada s’en est mieux tiré que
la plupart des autres pays, mais il demeure vulnérable
et des mesures s’imposent. Une reprise économique
durable nécessite un dosage de mesures à court
et à long terme pour garantir une stabilité
et une prospérité durables. L’obtention
de nouvelles connaissances grâce à des recherches
fondamentales en vue de découvertes sous tend les innovations
futures et se situe au cœur même de ce programme
de relance.
Pour favoriser une culture d’innovation et de découverte,
il faut avoir les ressources intellectuelles, organisationnelles
et institutionnelles indispensables pour générer
des nouvelles connaissances, trouver et exploiter des nouvelles
possibilités, forger des alliances stratégiques
et développer des produits dans des nouveaux domaines.
Donc, la reprise économique exige à la fois
l’appui des chercheurs individuels, qui sont les moteurs
de la recherche et de l’innovation, ainsi que le soutien
et la collaboration des grands établissements auxquels
ils appartiennent. La science, source même des avantages
que les « connaissances » et les « intervenants
» rapportent au Canada, doit être le levier principal
de la relance économique et des progrès futurs.
Voici nos recommandations :
• le gouvernement devrait améliorer les
capacités de recherche et de développement technologique
au Canada afin d’accroître la productivité
et de préserver notre compétitivité au
plan de la recherche;
• le gouvernement devrait favoriser une économie
durable axée sur le savoir en finançant à
long terme les grands centres de recherche et les études
en collaboration;
• le gouvernement devrait mettre en place un programme
prestigieux et compétitif de bourses de recherche pour
les chercheurs au niveau de postdoctorat.
Introduction
La récession actuelle est d’une ampleur
et d’une étendue sans précédent
dans l’histoire récente. La voie vers la reprise
économique implique un ensemble de mesures de stimulation
immédiates, à court terme, combiné à
des investissements à plus long terme permettant de
renforcer les acquis, qui garantiront une stabilité
et une prospérité durable. Comme l’ont
souligné récemment le président des États
Unis Obama1 et le président français
Sarkozy2, il est essentiel à cette
fin d’investir dans la recherche et l’innovation.
Dans ses mémoires précédents adressés
à votre comité, le Partenariat en faveur des
sciences et de la technologie (PFST), une association regroupant
plus de 25 organismes professionnels et scientifiques et représentant
50 000 membres des milieux universitaire, industriel et gouvernemental,
prônait la mise sur pied de plusieurs mécanismes
afin d’appuyer la recherche et l’innovation. Nous
recommandions entre autres au gouvernement d’investir
dans des programmes d’infrastructures pour attirer et
conserver les meilleurs chercheurs, et de favoriser la création
de partenariats scientifiques internationaux.
Les mesures de stimulation adoptées récemment
par le gouvernement fédéral en sciences et en
technologie ont contribué à améliorer
les infrastructures de recherche, un aspect crucial pour la
recherche et l’innovation3. Cependant,
on pourrait et on doit en faire plus. Sans un appui équivalent
en faveur des recherches fondamentales et des gens qui les
effectuent, cette amélioration des infrastructures
ne suffira pas pour obtenir les nouvelles connaissances et
les innovations indispensables qui aideront à stimuler
et à soutenir l’économie canadienne. Il
faut donc envisager simultanément des mesures à
court et à long terme, car les investissements visant
à assurer une croissance durable contribueront à
réduire les lacunes dans les programmes de relance
à court terme.
Garantir la prospérité en investissant
dans la recherche et l’innovation
La prospérité du Canada dépend de notre
capacité de générer des connaissances,
de les transformer en innovations, de miser sur les résultats
pour mettre au point des nouveaux produits, et d’exploiter
les possibilités futures. Or, la meilleure façon
de relancer et de soutenir l’économie consiste
à investir dans les recherches fondamentales, source
de connaissances et d’innovations. Nos capacités
d’innovation se sont améliorées au cours
de la décennie, mais un rapport récent du Conseil
des sciences, de la technologie et de l’innovation?4(CSTI)
a démontré clairement que le Canada traîne
de l’arrière par rapport à d’autres
pays dans plusieurs domaines clés. À moins d’investir
rapidement et de façon soutenue dans les recherches
fondamentales et l’innovation, ce fossé risque
de se creuser encore.
Il faut préserver les avantages concurrentiels du
Canada en investissant davantage dans les activités
scientifiques et technologiques. Notre pays consacre actuellement
1,9 p. 100 de son produit intérieur brut (PIB) aux
travaux de recherche et de développement (R et D),
ce qui le situe au 13e rang parmi les pays de l’OCDE,
et en dessous de la moyenne du G 75. La promesse
récente du président Obama d’accroître
les dépenses des États Unis en R et D jusqu’à
3 p. 100 du PIB, un niveau supérieur à celui
atteint à « l’âge d’or »
des investissements scientifiques pendant la conquête
spatiale, ainsi que la concurrence croissante pour s’accaparer
les chercheurs talentueux livrée par la Chine, le Japon
et la Corée, font que le Canada risque de perdre ses
meilleurs chercheurs, perte qui annulerait les gains des dernières
années.
Il est essentiel de ne pas perdre cet élan. Le gouvernement
fédéral devrait s’efforcer d’émuler
les engagements des États Unis par rapport aux sciences
et à la technologie en augmentant à 3 p. 100
du PIB ses investissements dans les recherches fondamentales
et appliquées. Cette hausse des investissements stimulera
l’innovation parmi les entreprises privées, favorisera
de nouvelles percées dans les domaines de l’énergie
et de la médecine, et contribuera à améliorer
l’éducation en mathématiques et en sciences.
Ces investissements pourraient prendre consister en une hausse
appréciable du budget respectif des trois conseils
subventionnaires et des principaux organismes chargés
de promouvoir les sciences et les techniques, et des crédits
accordés aux laboratoires gouvernementaux.
Recommandation :
Le gouvernement devrait améliorer les capacités
de recherche et de développement technologique au Canada
afin d’accroître la productivité et de
préserver notre compétitivité en matière
de recherche.
Viabilité fondée sur le savoir
On ne saurait surestimer les avantages des nouvelles connaissances
qui découlent des recherches. Comme l’a indiqué
Preston Manning dans un article paru l’an dernier dans
The Globe and Mail, « chaque jour est un jour de science6
». Le Canada doit avoir les moyens intellectuels, organisationnels
et institutionnels nécessaires pour générer
des nouvelles connaissances, trouver et exploiter des possibilités
prometteuses, forger des alliances stratégiques et
développer des produits dans des domaines novateurs,
objectifs qui réclament des recherches scientifiques
fondamentales.
De nombreuses décisions relatives aux politiques et
à la réglementation sont prises à la
lumière des connaissances et des preuves scientifiques
communément admises. Premièrement, dans le secteur
de l’énergie, la mise au point d’énergies
renouvelables et de techniques énergétiques
comme le réseau de distribution d’électricité
« intelligent » (Smart Grid), de même que
la prospection, le raffinement et le transport efficace et
économique du pétrole et du gaz exigent des
moyens informatiques, un sol très stable pour les routes
sur neige et les trajets des pipelines, un approvisionnement
en eau et une demande énergétique. Deuxièmement,
pour que les transports dans l’Arctique aient lieu en
toute sécurité, il faut disposer de données
sur les tempêtes, le taux de fonte de la calotte polaire
et les changements climatiques. Troisièmement, la sécurité
publique nécessite des connaissances scientifiques
concernant les interventions en cas de catastrophe, la surveillance
des dangers aériens, la détection rapide des
agents infectieux et la mise au point rapide de vaccins. Tous
ces facteurs requièrent un bagage facilement accessible
de connaissances à jour et de gens compétents,
autrement dit une économie durable basée sur
le savoir.
Au Canada, on pourra progresser dans le sens d’une
économie durable basée sur le savoir en soutenant
deux secteurs clés, soit les grands laboratoires de
recherche et les recherches en collaboration. Les investissements
récents du gouvernement fédéral dans
les infrastructures de recherche ont donné un coup
de main précieux, mais il faut les compléter
en aidant les techniciens, les stagiaires et les chercheurs
eux mêmes à tirer un parti maximal des installations
ainsi améliorées. Les grands programmes de recherche
coopérative comme les réseaux de Centres d’excellence
exigent un soutien coordonné et soutenu pour réduire
les lacunes; les tranches de financement quinquennal, ponctué
de gels et de reprises, ne permettent pas de profiter pleinement
des fruits de la recherche. Par ailleurs, une meilleure collaboration
s’impose entre les divers intervenants dans la chaîne
d’innovation afin de diminuer les obstacles en ce sens
et de maximiser les retombées des investissements en
R et D.
Recommandation :
Le gouvernement devrait favoriser une économie
durable axée sur le savoir en finançant à
long terme les grands centres de recherche et les recherches
en collaboration.
Avantages pour les intéressés
Le principal moteur de l’innovation est le personnel
de recherche. Les chercheurs rivalisent entre eux pour l’obtention
des crédits accordés principalement par les
trois organismes subventionnaires (CRSNG, CRSH et IRSC) financés
par le gouvernement fédéral. Cet argent sert
à payer les coûts en matériel des travaux
de recherche (équipement de laboratoire, véhicules
sur le terrain, collecte et analyse des données, etc.)
de même que les salaires des stagiaires et des techniciens.
Par conséquent, l’attribution d’une aide
financière suffisante aux chercheurs et aux équipes
de recherche permettra à l’avenir de pouvoir
compter sur un réservoir stable de gens très
compétents, à l’esprit créateur
et innovateur.
Comme avec les mesures de stimulation adoptées récemment
par le gouvernement fédéral qui prennent la
forme d’investissements dans des projets d’infrastructures
« prêts à réaliser », il est
nécessaire d’investir de manière semblable
dans le personnel « prêt à concevoir ».
Le Canada continuera à traîner de l’arrière
économiquement par rapport à d’autres
pays de l’OCDE s’il n’offre pas de meilleures
possibilités de recherche aux stagiaires les plus compétents
et les plus brillants. Il faudrait par exemple que le gouvernement
fédéral favorise les travaux scientifiques et
technologiques menés en coopération avec d’autres
pays, règle le problème urgent du soutien technique
nécessaire pour les nouvelles infrastructures de recherche,
et finance adéquatement les grands projets prioritaires.
À cette fin, on peut miser sur les Canadiens qui viennent
d’obtenir un doctorat en science ou en technologie,
et sur des diplômés étrangers. Mais cela
ne suffira pas, puisque le Canada se classe à peine
au 21e rang des pays de l’OCDE en ce qui a trait au
pourcentage de titulaires de doctorat parmi les nouveaux diplômés7.
À moins d’investir considérablement pour
bien former la nouvelle génération de chercheurs,
ce fossé va inévitablement s’accentuer,
affaiblissant ainsi les assises mêmes d’une reprise
soutenue axée sur l’innovation.
Dans ce contexte, l’engagement du gouvernement à
favoriser l’excellence en recherche paraît prometteur.
Nous le félicitons d’avoir établi le programme
de bourses Vanier et le Programme des chaires de recherche
du Canada, qui visent respectivement à aider les stagiaires
de calibre mondial et les chercheurs déjà reconnus.
Il est indispensable aussi de financer continuellement la
remise de bourses de doctorat et le Programme des chaires
de recherche du Canada. Pourtant, ces programmes n’accordent
guère de possibilités aux étudiants qui
viennent d’obtenir leur doctorat, que ce soit ici ou
à l’étranger. Les études de postdoctorat
demeurent peu valorisées au Canada comparativement
aux principaux pays concurrents comme l’Union européenne,
l’Australie et les États Unis, qui offrent tous
des programmes prestigieux pour aider les titulaires de doctorat
à entreprendre une carrière en recherche. Notre
gouvernement doit agir de même.
L’établissement d’un programme de bourses
de recherche pour les étudiants en postdoctorat, qui
compléterait celui déjà existant pour
les chercheurs de calibre mondial (bourses de doctorat Vanier)
et à l’échelle professionnelle (programmes
CRC et CERC) constituerait un grand pas en avant. Ce mécanisme
contribuerait à réduire le fossé dans
le cas des étudiants canadiens et à attirer
chez nous des nouveaux talents étrangers. Il faudrait
accorder aux boursiers un salaire multiannuel, la possibilité
de solliciter des fonds de recherche, et une association avec
les chercheurs les plus éminents dans les laboratoires
de recherche, les instituts et les universités du Canada.
Un tel programme aurait plusieurs avantages. Tout d’abord,
il permettrait aux chercheurs canadiens déjà
établis d’augmenter leur rendement et leurs résultats
en attirant des jeunes collaborateurs. Deuxièmement,
ces bourses favoriseraient une meilleure collaboration internationale,
surtout si elle se fait avec des établissements de
recherche étrangers prestigieux. Les données
récentes du Conseil des universités de l’Ontario
laissent entendre que les chercheurs étrangers ont
tendance à rester au Canada après leurs études,
ce qui enrichit le milieu de la recherche. Ils peuvent donc
aider à combler ce qui risque de devenir un fossé
démographique en matière de recherche au cours
des 10 à 20 prochaines années. Troisièmement,
un programme prisé comme celui ci aiderait les chercheurs
à recevoir éventuellement une aide financière
équivalente d’autres sources, par exemple en
permettant aux étudiants mexicains dans le cadre du
programme CONACYT ou aux étudiants britanniques dans
le cadre du programme Wellcome Trust de solliciter une de
ces bourses prestigieuses une fois leur doctorat obtenu.
Recommandation :
Le gouvernement devrait mettre en place un programme
prestigieux et compétitif de bourses de recherche pour
les chercheurs au niveau de postdoctorat.
Conclusion
La récession mondiale a imposé des pressions
accrues au gouvernement fédéral qui est soumis
à une surveillance intensive, afin qu’il applique
des mesures de relance économique et sociale. Dans
les périodes troublées comme maintenant, on
a naturellement tendance à se replier sur soi et à
attendre que l’orage passe. Toutefois, une telle attitude
ne favoriserait pas une reprise soutenue à long terme,
puisque l’économie mondiale évoluera dans
l’intervalle. Au lieu de se contenter de pallier à
ces transformations, le Canada doit contribuer à les
orienter. Il est donc nécessaire d’appliquer
un dosage approprié de mesures à court et à
long terme dans le but de stimuler et de mieux financer la
recherche et l’innovation. La meilleure façon
d’y parvenir serait de mieux financer la recherche et
l’innovation, d’accorder une aide financière
aux chercheurs individuels, et de promouvoir les activités
scientifiques aux fins de découverte. De tels engagements
permettraient de former une nouvelle génération
de techniciens et de chercheurs compétents et à
l’esprit innovateur, et d’acquérir des
nouvelles connaissances qui stimuleront l’innovation
et la prospérité économique futures de
notre pays.
1Allocution prononcée par le président
à l’assemblée annuelle de la National
Academy of Sciences, 27 avril 2009.
2Discours de M. le Président de la République
à l’occasion des Assises européennes de
l’Innovation à la Cité des Sciences, 9
décembre 2008.
3 Réaliser le potentiel des sciences et
de la technologie au profit du Canada – Rapport d’étape
2009.
4 L’état des lieux en 2008 : Le système
des sciences, de la technologie et de l’innovation au
Canada. Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation,
http://www.stic csti.ca.
5Ibid, p. 14.
6Globe and Mail, lettre d’opinion, 2 juin
2009.
7 Ibid. p 43.
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